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Un nouveau regard cinématographique dans l’ère post MeToo

L’article en ligne » Le film «Pour toi» dresse le portrait de Paula, dont on découvrira la vie troublée dans un long métrage dramatique sorti sur Netflix le 11 juillet 2022. 

Caro Cult embrasse à la perfection la complexité de Paula. © https://www.film-rezensionen.de/fuer-jojo-2/
Caro Cult embrasse à la perfection la complexité de Paula. © https://www.film-rezensionen.de/fuer-jojo-2/

Louis Birbaum

Publié le 08.08.2022

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Le film Pour toi ou Für Jojo dans sa version allemande originale est l’histoire de Paula et Johana, deux célibataires berlinoises. La seconde va retrouver un homme qu’elle n’avait plus vu depuis longtemps. Après un séjour ensemble au Mexique, ils décident de s’installer ensemble sur leur île natale, et de se marier. Paula, ne voulant sous aucun prétexte être séparée de son amie, elle va tout faire pour que la cérémonie n’ait jamais lieu. C’est à partir de ce synopsis un peu cliché que Barbara Ott, la réalisatrice, va créer un récit profond, initiatique et féministe. On va alors suivre les troubles qui composent la vie de Paula, un personnage torturé au possible. À noter que l’équipe derrière le long-métrage est majoritairement composée de femmes. Il est par exemple écrit par Stefanie Ren. 

Ce qu’apporte la vision d’une réalisatrice


Les deux personnages principaux sont des femmes, on va donc suivre l’histoire de leur point de vue. Dans le film, il y a aussi du female gaze, qui décrit le regard que peut porter une femme sur des corps qu’elle trouve désirants, ici, de tous genres, en opposition au male gaze classiquement trouvable et qui réduit trop souvent la femme au rang d’objet. Il y a par exemple une scène durant laquelle un homme dort sur le ventre, nu, et est regardé avec un désir respectueux par Paula. Ce moment ressemble à certaines scènes des années 60 où l’on s’attardait sur les courbes d’une femme en train de dormir au bord d’une piscine. Le renversement est donc assez amusant. On peut aussi apprécier le fait que la représentation du sexe s’inscrive dans la volonté réaliste de la réalisatrice. Il y est charnel ; respectueux mais pas fleur bleu, énergique mais pas pornographique. Aussi, les femmes sont montrées comme très à l’aise à ce niveau-là. Elles racontent ouvertement leurs aventures libertines, dont l’une nous est montrée au début du film. La volonté de réalisme citée plus haut s’observe aussi par certains plans qui montrent les personnages, particulièrement Paula, sous des angles qui ne les mettent pas en valeur. Un dernier sujet, ou plutôt non-sujet ici est la sortie de l’hétéronormativité. Le fait que Paula soit bisexuelle ou que son frère ait une amourette avec un garçon n’est pas une question, c’est simplement leur vie.


Paula dans toute sa complexité


En se centrant plus sur Paula, on peut noter que l’humour vient en grande majorité d’elle. Chose importante, elle n’est pas drôle malgré elle, ni parce qu’elle serait maladroite, stupide ou nunuche, ni en réponse à un homme. Ces deux possibilités étant malheureusement celles de la plupart des femmes qui font rire les gens au cinéma. Chose particulièrement rare, elle fait rire par des grimaces et par un humour cinglant, deux caractéristiques normalement réservées aux hommes. On remarque alors qu’elle est un personnage très expressif. On le voit aussi lors de ses danses, de ses crises de fureur ou de joie ou lorsqu’elle veut montrer ses émotions à quelqu’un par ses mimiques. Tous ces états souhaitent montrer la complexité de Paula. Elle est une héroïne, qui même si elle fait rire, est régulièrement antipathique, instable, voire toxique pour certains des personnages.  Ce qui rajoute à sa profondeur qui était déjà amené par l'idée qu’elle ne suive pas les carcans régulièrement imposés aux personnages féminins dans les films. Elle n’est ni la compagne docile d'un homme central dans l’histoire, ni la femme pulpeuse un peu bébête avec qui tout monde souhaite coucher, type Marilyn Monroe.


Un manque de fluidité ?


Il aurait peut-être été intéressant que le film soit plus clair sur le passé des personnages. Par exemple sur ce qui est arrivé à Paula pour qu’elle devienne qui elle est aujourd’hui. Autre chose, certaines fois, les plans choisis par la réalisatrice sont un peu lourds. Particulièrement les inserts, plans servant à filmer un objet de près, qui gâchent la fluidité du film. Les liens entre les scènes ne sont alors pas toujours très clairs, ce qui donne une impression saccadée. Le problème ici est le fait que Barbara Ott veut créer des images fortes, parfois trop, presque clipesques, qui ne s’inscrivent pas naturellement dans le film.  Je tiens tout de même à noter que la plupart de ces défauts sont compréhensibles, puisque c’est le premier film de la réalisatrice. Si elle arrive à corriger ces petits défauts, elle deviendra vraiment une cinéaste à suivre. 
 

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